Zoran Kolic

05.05.2016 ( Modifié le : 02.06.2016 )
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.

faits

Zoran Kolic est originaire de Dobrotin au Kosovo. Il était garde à la prison de Lipjan durant le conflit au Kosovo à la fin des années 1990. Il a deux enfants.

A la suite du bombardement par l’OTAN de la prison de Dubrava les 19 et 21 mai 1999 et du massacre qui s’ensuivit le 22 mai, les prisonniers survivants ont été transférés à la prison de Lipjan le 24 mai. Les prisonniers auraient alors été forcés de passer à travers deux lignes de gardiens de prisons, officiers de police et paramilitaires serbes qui leur auraient donné des coups de pied et de poings et les auraient frappé avec des matraques en caoutchouc. Kolic aurait participé à ce traitement inhumain infligé aux prisonniers. L’un des détenus que Kolic est accusé d’avoir battu a été laissé inconscient et est mort le jour suivant.

Les investigations relatives à cette affaire n’ont pas commencé avant 2011, lorsque l’un des détenus qui aurait été battu par Kolic a formellement porté plainte auprès des services de police. Kolic a été arrêté le 7 avril 2011.

procédure légale

Les investigations relatives à cette affaire n’ont pas commencé avant 2011, lorsque l’un des détenus qui aurait été battu par Kolic a formellement porté plainte auprès des services de police. Kolic a été arrêté le 7 avril 2011. A ce moment, un revolver Zastava TT de type 1, des magazines ainsi que des balles ont été trouvées alors que Kolic n’avait pas de permis valide.

La mise en examen de Kolic a été prononcée le 1 août 2011 et confirmée par un juge de la mission EULEX le 23 août 2011. Il doit répondre des deux chefs d’accusation de traitement inhumain envers des prisonniers et de crimes de guerre envers la population civile tels que prévus par les articles 22 et 142 du Code pénal de la République fédérative socialiste de Yougoslavie et également incriminés par les articles 23 et 120 du Code pénal du Kosovo. En outre, Kolic est accusé de détention non autorisée, de contrôle, de possession, ou d’utilisation d’armes, comme prévu par l’article 328 paragraphe 2 du Code pénal du Kosovo pour possession d’un revolver, de magazines et de balles sans permis de port d’armes valide au cours de la période allant de 1999 jusqu’à son arrestation en avril 2011.

Le procès a débuté le 1 novembre 2011 à la Cour fédérale de Pristina devant un panel mélangé de juges EULEX et de juges locaux.

Le 11 mai 2012, Kolic a été jugé coupable des deux chefs d’accusation de crimes de guerre contre des civils et de possession illégale d’armes. Il a été condamné à 14 ans de prison et à une amende de 500 euros.

Kolic a fait appel de la décision et l’audience en appel eut lieu le 25 septembre 2013 à la Cour d’Appel de Pristina.

Le 11 février 2014, le jugement de première instance a été confirmé, en étant partiellement modifié. La Cour jugea seulement Kolic coupable de crimes de guerre contre la population civile et, comme les crimes et la responsabilité des crimes sont restés les mêmes, la Cour a maintenu la condamnation à 14 ans d’emprisonnement.

Le 2 avril 2014, à sa demande, Kolic a été transféré de la prison de Gnijlane à Kosovska Mitrovica.

contexte

GUERRE DU KOSOVO

28 février 1998 au 11 juin 1999

La guerre du Kosovo s’est déroulé au Kosovo et en Metohija, une province autonome de la Serbie, peuplée principalement par des Albanais de souche. Ce conflit armé a opposé d’un côté la République fédérale de Yougoslavie (composée de la Serbie et Monténégro), et d’autre part l’Armée de libération du Kosovo (un groupe rebelle albanais, également connu sous le nom UCK). La province est maintenant surtout connue sous le nom de Kosovo, notamment après sa déclaration d’indépendance le 17 mars 2008. La Serbie l’appelle officiellement le Kosovo et Metohija, car elle considère qu’il s’agit toujours d’une province autonome de la Serbie.

Du 28 février 1998 au 24 mars 1999, le conflit du Kosovo était considéré comme non international de nature, mais à partir de mars 1999, l’UCK a reçu un soutien militaire aérien de la part de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), et le soutien au sol de l’armée albanaise.

En 1974, la Constitution yougoslave fait du Kosovo une province autonome jusqu’à ce qu’en 1989, Slobodan Milosevic, alors dirigeant serbe, la mette sous le contrôle direct de Belgrade. En juillet 1990, les Albanais du Kosovo ont déclaré leur indépendance à la Serbie sans pour autant réussir à obtenir l’indépendance ou à restaurer l’autonomie.

A partir de cet instant, une lutte pour l’indépendance du Kosovo est initiée par des Albanais, conduisant à la création de l’UCK en Macédoine en 1992. Son but était d’unir tous les Albanais du Kosovo, de Grèce, d’Albanie et de la Macédoine au sein d’une Grande Albanie.

Pendant ce temps, la situation au Kosovo s’est aggravée. Dans certains rapports des Nations Unies, il est avancé que la police a privé les Albanais de leurs droits de base (éducation, emploi). Après l’Accord de Dayton en 1995 qui a mis fin à la guerre en Bosnie-Herzégovine, l’UCK a reçu beaucoup de soutien populaire parce que les négociateurs de Dayton n’ont pas abordé le statut du Kosovo. Peu de temps après, l’UCK a commencé à lancer des attaques sur les postes de police et à commettre d’autres violations. Cela a conduit Belgrade à répliquer en augmentant la présence de paramilitaires serbes au Kosovo.

En mars 1998, un conflit a éclaté entre l’UCK et la police et l’armée serbe. L’offensive menée par l’UCK lui a permis de prendre le contrôle d’un tiers du Kosovo en juillet de la même année.

Le 23 septembre, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la Résolution 1199, se déclarant gravement préoccupé par le déplacement massif de population, ainsi que l’usage excessif de la force par les forces de sécurité serbes et de l’armée yougoslave. Ils ont exigé la fin des hostilités et le maintien du cessez-le-feu.

En septembre 1998, l’OTAN a lancé un ultimatum à Milosevic. Soit il stoppait toutes ses attaques au Kosovo soit la Serbie ferait face à des frappes aériennes.

En octobre 1998, Milosevic a accepté la mise en place de la mission de vérification au Kosovo, créé par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Son mandat était lié à la Résolution 1199, constituant à assurer le respect des exigences relatives à la résolution de la crise du Kosovo et à la supervision des élections.

Le 6 février 1999, l’OTAN a présenté un accord de paix – connu sous le nom de « accord de Rambouillet » en référence au château français où il avait été initialement proposé. Il est proposé à la fois à la Yougoslavie et à la majorité albanaise. L’accord a été refusé par la Yougoslavie car le niveau d’autonomie proposé pour le Kosovo était considéré comme inacceptable par Belgrade.

Puisque Milosevic n’a pas répondu à l’ultimatum visant à cesser les attaques au Kosovo, l’OTAN a lancé une opération militaire le 24 mars 1999, sous le nom de « l’opération Force alliée ». Cela a été fait sans l’approbation du Conseil de sécurité des Nations Unies et c’est la première fois que l’OTAN a utilisé la force militaire contre un Etat qui ne constituait pas une menace de sécurité à l’encontre de l’un de ses Etats membres. Le 9 juin 1999, un accord connu sous le nom de traité de Kumanovo a été signé, mettant fin à la guerre au Kosovo. L’opération Force alliée a duré jusqu’au 10 juin 1999, lorsque les forces serbes se sont retirées du Kosovo.

Au cours de l’opération Force Alliée, la Yougoslavie aurait provoqué le déplacement d’environ 850’000 Albanais de souche qui sont devenus des déplacés internes. Selon certains rapports, beaucoup ont été dépouillés, battus, et leurs maisons brûlées et pillées, en vertu d’une campagne de «nettoyage ethnique».

Selon certains rapports ultérieurs, l’UCK a également commis de nombreuses atrocités, dont du trafic illicite d’organes au Kosovo et en Albanie du Nord. Certains de ces crimes ont également été commis immédiatement après la fin du conflit. Ces crimes auraient été commis contre les Serbes et certains Albanais de souche considérés comme des traîtres ou des collaborateurs de Belgrade.

Le 10 juin 1999, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la Résolution 1244, qui a permis à l’OTAN de sécuriser et de faire respecter le retrait du Kosovo de la République fédérale de Yougoslavie forces en créant la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK). Sa tâche principale est de maintenir la paix et la sécurité au Kosovo. Elle existe encore aujourd’hui.

En outre, une Force pour le Kosovo (KFOR), force de maintien de la paix de l’OTAN au Kosovo a été créée le 12 juin 1999 afin d’assurer la sécurité au Kosovo. Elle fonctionne encore aujourd’hui.

PROCEDURE LEGALE

Le système judiciaire du Kosovo, fragilisé et désorganisé après la guerre, s’est vu soutenu par la MINUK qui a donné des statuts spécifiques aux institutions judiciaires du Kosovo afin de leur permettre de poursuivre les auteurs des crimes commis durant le conflit.

En 2000, ces statuts, appelés «règlement 64», ont été adoptés. Il s’agissait de créer des chambres mixtes au sein des tribunaux locaux, composées de deux juges internationaux et d’un juge national. Ces chambres travaillent en collaboration avec le TPIY. Elles ont compétence pour les crimes de génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.

De plus, en avril 2009, la Mission d’État de droit de l’Union européenne au Kosovo de l’UE (EULEX) est devenue pleinement opérationnelle suite à l’action commune de l’UE lancée en février 2008 et aux décisions du Conseil de l’Union européenne de juin 2010 et de juin 2012. Elle fonctionne en parallèle de la MINUK, en enquêtant et en poursuivant les responsables des crimes perpétrés au Kosovo. Sa création a conduit à réduire les fonctions de la MINUK. Le mandat de l’EULEX prendra fin en 2016.

En 2010, Dick Marty, membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, a publié un rapport sur le crime organisé, le trafic illicite d’organes et des autres crimes commis au Kosovo et l’Albanie du Nord pendant et immédiatement après la guerre au Kosovo. Certains hommes politiques de haut rang sont soupçonnés d’avoir commis des atrocités pendant la guerre. Conformément au rapport, un groupe de travail d’enquête spéciale (SITF) a été créé afin d’enquêter sur les crimes allégués. Le 29 juillet 2014 il a été déclaré que les conclusions de l’SITF sont pour la plupart en conformité avec celle du rapport du sénateur Marty.

Le rapport prévoit la création, pour 2015, d’un tribunal spécial mandaté pour juger les crimes perpétrés lors de la guérilla au Kosovo tels que mentionnés dans le rapport de Dick Marty.

Le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a poursuivi plusieurs hauts responsables pour les crimes commis au Kosovo. Parmi eux se trouve Slobodan Milosevic, ancien président yougoslave.

En Serbie, un Bureau chargé de la poursuite des responsables de crimes de guerre a été créé le 1er juillet 2003. Il a pour but d’ identifier et de poursuivre les auteurs de crimes contre l’humanité et de violations du droit international, ainsi que de toute infractions reconnues par le Statut du TPIY, indépendamment de la nationalité, de la citoyenneté, de la race ou religion de l’auteur et de la victime, tant que les faits ont été commis sur le territoire de l’ex-Yougoslavie après le 1er janvier 1991. Il siège à Belgrade, en Serbie.

Le 17 Mars 2008, le Kosovo a déclaré son indépendance par rapport à la Serbie. Celle-ci continue de refuse de reconnaitre l’Etat du Kosovo, perpétuant, encore aujourd’hui, la difficulté des relations entre Belgrade et Pristina.