Pas de retour en Gambie sans poursuites judiciaires pour Yahya Jammeh

29.01.2020

L’ancien président gambien, Yahya Jammeh, semble manœuvrer pour s’assurer un retour en Gambie. TRIAL International signale que l’ex-président ne peut jouir d’immunité au regard du droit international. Au côté de 19 ONGs et associations issues de la campagne Jammeh2justice, elle rappelle que les accusations contre l’ancien chef d’État sont trop graves pour envisager un tel scenario.

« Si l’ex-président Yahya Jammeh revient un jour au pays, il fera l’objet d’une arrestation immédiate et sera accusé des charges les plus graves », a réaffirmé le ministre de la justice gambien. ©TRIAL International

En 2017, Yahya Jammeh cède le pouvoir après 22 ans de régime autoritaire et s’exile en Guinée Équatoriale. Dernièrement, l’ex-président aurait commencé à préparer le terrain pour son éventuel retour en Gambie, en revenant sur une déclaration de 2017 négociée lors de son départ du pouvoir. Toutefois, le document en question – non ratifié par les autorités gambiennes – ne prévoit aucune sorte d’immunité pour l’ex-chef de l’Etat, soupçonné entre autres de torture, violences sexuelles, exécutions extrajudiciaires et crimes contre l’humanité. La déclaration souligne uniquement que les droits fondamentaux de l’ex-président doivent être respectés – au même titre que n’importe quel citoyen gambien –, y compris l’accès à un procès équitable. Mais en aucun cas une exemption de poursuites judiciaires.

Par ailleurs, la justice transitionnelle gambienne, notamment par la voix de la Commission vérité, réconciliation et réparation (Truth, Reconciliation and Reparation Commission, TRRC) a déjà permis de faire la lumière sur les multiples violations des droits humains commis par le régime de Yahya Jammeh. Selon TRIAL International, toute amnistie pour des crimes graves violerait le droit international. Un tel scénario est donc hors de question.

Il est urgent que les instances internationales à l’origine de la déclaration – le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest, la Commission de l’Union africaine et la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest– clarifient la situation et soutiennent la Gambie dans son processus de justice transitionnelle.

 

Une intervention du ministre de la justice gambien saluée

« Si l’ex-président Yahya Jammeh revient un jour au pays, il fera l’objet d’une arrestation immédiate et sera accusé des charges les plus graves », a réaffirmé le ministre de la justice gambien, Abubacarr Tambadou, le 19 janvier 2020 lors de la rencontre annuelle des juges et avocats dans la capitale.

Alors que les manœuvres de Yahya Jammeh sont inquiétantes pour la suite du processus de justice transitionnelle en Gambie, les propos du ministre de la justice rassurent. Le ministre a en effet reconnu que des crimes contre l’humanité ont été commis en Gambie entre 1994 et 2017, sous le régime de Jammeh. Il assure également que les coupables identifiés par la TRRC feront l’objet de poursuites judiciaires.

En exprimant clairement que l’ancien président ne jouira d’aucun passe-droit, le ministre Abubacarr Tambadou envoie un message fort à la Gambie. Il laisse espérer que le pays mènera à bien le processus dans lequel il s’est engagé, et pourra enfin tirer un trait sur son passé.

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