Ntumwa Maro, un seigneur de guerre sur le banc des accusés

25.01.2018 ( Modifié le : 14.12.2018 )

Marocain est soupçonné d’être l’un des chefs les plus hauts gradés d’un groupe qui a tué, terrorisé et réduit en esclavage la population de Kalehe, dans une série d’attaques menées entre 2005 à 2007.

Le groupe Maï Maï mené par Marocain, qui a sévi sur le territoire de Kalehe, s’est livré aux pires exactions contre des civils : Pillages, incendies, viols, tortures, meurtres, esclavage, etc.

Le groupe était extrêmement bien organisé. Les villageois qui n’étaient pas tués lors des attaques étaient parfois amenés jusqu’à un quartier général du groupe, situé en pleine forêt. Là-bas, les victimes étaient réduites en esclavage, sequestrées, et torturées.

Ce groupe était connu pour leurs pratiques barbares : torturer leurs prisonniers et les laisser pour mort, ligotés à un arbre durant des jours. Jeter les gens dans un trou creusé appelé « ANDAKI » où ils étaient torturés et soumis à des traitements dégradants…

Les femmes et les filles en particulier étaient faites prisonnières et réduites à l’esclavage sexuel. Certaines d’entre elles se voyaient aussi attribué des « maris » de force. Cette situation a duré jusqu’à un an et demi pour certaines.

« J’ai été prise en otage par les militaires qui m’ont donné à l’un des leurs pour que je devienne sa femme. J’ai aussi été torturée dans un trou appelé ‘Andake’ », raconte une victime sous couvert d’anonymat.

PROCEDURE

Ntumwa Maro a été arrêté en août 2014.

Il est poursuivi pour crimes contre l’humanité par viol, emprisonnement, et autres actes inhumains de caractère analogue; ainsi que pour crimes de guerre, par esclavage sexuel, pillage, attaque contre la population civile et contre des bâtiments consacrés à la religion. Il est également poursuivi pour participation à un mouvement insurrectionnel.

Sa responsabilité pénale est engagée comme auteur direct pour avoir commis individuellement, conjointement ou par l’intermédiaire d’autres personnes, les crimes cités ci-dessus. En effet, une cinquantaine de victimes et témoins ont rapporté des exactions l’incriminant personnellement ainsi que des miliciens agissant sous son commandement.

Le prévenu a déjà reconnu, dans le dossier du Ministère Public en 2014 et en 2016, avoir participé à plusieurs attaques menées dans différentes localités en RDC.

Pour la première fois en RDC, TRIAL International a conduit des tests ADN sur les enfants de victimes d’esclavage sexuel nés durant leur captivité.

La procédure est en cours.

CONTEXTE

Entre 2005 et 2007, dans le territoire de Kalehe, le groupe armé Maï Maï dirigé en partie par Marocain a mené une série d’attaques contre la population civile.

En raison du niveau d’organisation du groupe et de sa force de frappe, l’armée congolaise a été forcée de se replier du territoire. Laissant la population civile sans aucune protection face aux attaques du groupe. Ce n’est qu’en 2007 que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont réussi à reprendre possession du territoire perdu et à libérer les villages et leurs habitants.

A l’origine, dans les années 80, le phénomène Mai-Mai faisait référence à des mouvements d’auto-défense constitués au sein de la population civile afin de défendre leurs territoires contre les groupes armés. Or, le phénomène s’est transformé et certains de ces groupes sont désormais responsables de graves violations commises en toute impunité contre la population civile.

Avec plusieurs millions de victimes directes et indirectes depuis 1994, le conflit en RDC est le plus meurtrier depuis la fin de la seconde guerre mondiale.