Disparitions forcées au Burundi, les familles des disparus également victimes

16.01.2020

Depuis avril 2015, le Burundi est le théâtre d’une effrayante escalade de violence. De nombreuses violations graves des droits humains sont régulièrement commises à l’encontre d’individus suspectés de s’opposer au gouvernement. La répression touche tout particulièrement les membres de partis politiques d’opposition mais aussi leurs proches.

 

 

Les affaires de torture  sont malheureusement trop nombreuses et cette nouvelle affaire témoigne du climat d’impunité généralisée au Burundi. ©Will Baxter

Actif au sein d’un parti d’opposition, Olivier (prénom d’emprunt), est parvenu à alerter ses proches lors de son arrestation en 2015 par le Service National de Renseignement (SNR). Sa famille a immédiatement entrepris des recherches mais il a été impossible de localiser Olivier ou d’identifier son lieu de détention. A ce jour, Olivier n’a toujours pas été retrouvé.

Aucune enquête nationale n’a été ouverte pour établir ce qu’il s’était véritablement passé suite à son arrestation et les diverses dénonciations déposées par la famille d’Olivier n’ont pas abouti. Cette nouvelle affaire témoigne du climat d’impunité généralisée au Burundi.

 

Les familles des disparus également visées 

Le sort réservé à Olivier reste à ce jour inconnu. Alors qu’il est probable qu’il ait subit des actes de torture lors de sa détention, rien n’indique qu’il soit encore en vie. L’incertitude causée par les disparitions forcées est particulièrement douloureuse pour toutes les familles de disparus. En constante oscillation entre espoir et désillusion, ces dernières se trouvent incapable de faire le deuil de leur proche.

En plus de cette souffrance psychologique, la famille d’Olivier a également fait l’objet d’intimidations, non seulement pour les punir de l’opposition politique d’Olivier lui-même, mais aussi pour réprimer toute opposition future de leur part. Cette situation dramatique a poussé à l’exil une partie des proches du disparu. Ceux-ci ont finalement déposé une plainte pénale et plusieurs dénonciations au Burundi depuis la relative sécurité d’un pays voisin.

La souffrance aiguë engendrée par la disparition d’Olivier, couplée aux actes d’intimidation subis par la famille et à l’absence de volonté de la part de l’État burundais pour faire la lumière sur l’affaire, constitue un acte de torture.

 

De la responsabilité du Burundi

Rapidement alertés lors de l’arrestation d’Olivier, ses proches pensent en connaître l’auteur : un officier du SNR connu pour ses manières brutales. Toutefois, malgré le nombre de preuves rassemblées à leur encontre, la grande majorité des officiers jouissent encore d’une impunité totale au Burundi.

Le Burundi ne respecte pas les normes internationales en matière de droits humains, notamment concernant la torture, les disparitions forcées, les détentions arbitraires et les exécutions extrajudiciaires. Des abus généralisés et systématiques ont notamment été signalé lors du dernier rapport de la Commission d’enquête des Nations Unies.

Dans le cas présent, plusieurs éléments peuvent être reprochés à l’état burundais. Une fois les crimes signalés, le Burundi n’a pas entamé d’enquête impartiale sur les conditions d’arrestation d’Olivier. Par ailleurs, l’état burundais n’a entrepris aucune action pour apporter des réponses à la famille du disparu et mettre fin à leur souffrance. En ne reconnaissant pas les tortures subies par Olivier et sa famille et en ne sanctionnant pas les auteurs présumés, le Burundi a violé et continue de violer les normes internationales en matière de droits humains.

Face à l’inaction des autorités burundaises, TRIAL International a porté l’affaire d’Olivier devant une instance internationale. Une procédure est en cours.

 

Les affaires de torture au Burundi sont malheureusement trop nombreuses. A relire, les histoires de Miriam, Leo, Sara, Benjamin, ou encore David.

 

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