La disparition de Jean Bigirimana incarne une tendance alarmante

10.04.2017 ( Modifié le : 13.04.2017 )

Le journaliste a disparu en juillet 2016. Face au désarroi de sa famille et à l’inaction du gouvernement, TRIAL International a saisi les Nations Unies.

En juin 2016, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Zeid Ra’ad Al Hussein a parlé d’ « une forte augmentation des disparitions forcées » au Burundi. Celles-ci représentent « une des nouvelles tendances très préoccupantes » émergeantes au pays.

Le rapport de l’Enquête indépendante des Nations Unies sur le Burundi (EINUB) va dans le même sens. Depuis le début de la crise en 2015, des centaines de personnes auraient disparu.

La souffrance des proches

C’est dans ce contexte que Jean Bigirimana a disparu. Il était journaliste de l’IWACU, un de principaux médias indépendants burundais et l’un des seuls à être encore actif au Burundi. Père de deux enfants de huit et trois ans, il a été enlevé le 22 juillet 2016 par des hommes à bord d’un pick-up qui appartiendrait au Service National de Renseignement burundais. Jean Bigirimana n’a jamais été revu depuis.

Près de 9 mois se sont écoulés et son sort demeure inconnu, ainsi que les circonstances entourant sa disparition. Cette situation engendre une souffrance profonde chez sa famille, ses amis et ses collègues.

« Les disparitions forcées sont une forme de torture psychologique pour les proches de la victime. Ils oscillent entre l’espoir et le découragement, sans moyen de tourner la page » explique Pamela Capizzi, Conseillère juridique en charge du Programme Burundi. « Les proches de Jean Bigirimana ont le droit de savoir ce qui lui est arrivé. »

Instruction lacunaire et impunité

Les autorités burundaises ont l’obligation de mener l’enquête sur cette disparition. Pourtant, cela n’a pas été le cas. Au vu d’une instruction lacunaire et du contexte d’impunité prévalant au Burundi, la voie de la justice internationale s’est imposée d’elle-même.

En collaboration avec le Groupe de Presse IWACU, TRIAL International a porté l’affaire à l’attention du Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires des Nations Unies (GTDFI) en août 2016. Cette procédure a pour but d’aider la famille à découvrir ce qui est arrivé à leur proche.

« La justice burundaise a le devoir de dire la vérité à la famille, à Iwacu, aux Burundais. Il y va de son honneur », conclut Antoine Kaburahe, Directeur du Groupe de Presse Iwacu. « La vérité permettrait aux proches de mettre fin à l’attente et de sortir de ce doute terrible. A ce jour, les deux enfants de notre confrère attendent toujours ‘Papa parti travailler’. C’est atroce »